images" Elle a pleuré pour de vrai ". Lorsque je demande à un ami Dupont - pour ne pas dire blanc - s'il connaît le sens de cette expression,  " je connais pas, ça veut rien dire " , me répond t-il .  " arrête tes phases " lui ai-je dit . Me regarde avec des gros yeux et il dit " vous parlez très mal le français ! " . Risible !. Pourquoi ?

   Parce que depuis longtemps les spécialistes de la langue française, les plus pessimistes surtout, ignorent que par l'oralité, le français évolue et c'est surtout  grâce aux écrivains vénus d'ailleurs . La langue française se complète et s'enrichit. Parmi ceux qui la rendent riche, on peut citer Alain Mabanckou. Dans tous ces livres, il en remet une sacrée couche d'originalité. La langue évolue avec lui. Dans un style clair et limpide, il te fait voyager. Je viens de finir son dernier roman - Dieu seul sait si je  lis  des romans - Demain j'aurais vingt ans , Gallimard 2010 , spectacle hallucinant des expressions  qui ont encensé ma jeunesse. Un roman qui devrait s'appeler cahier d'un retour au pays natal car Michel, le narrateur retrace son parcours d'élève, son amour pour sa mère, ses secrets avec Lounès, ses premiers baisers avec Caroline provoquant " un furieux remue-ménage d'hormones. Dans ce livre, J'ai retrouvé cette ville, Pointe-Noire ( Rep.du Congo ) qui m'a vu naître; avec ses rivières Tchinouka, son celèbre cinema Rex, son avenue de l'Indépendace. On retrouve aussi la rigueur inéluctable des faits qui ont marqué les années 1970, (  le combat de boxe entre Mohammed Ali et George Foreman ; l'exil du Chah d'Iran en Egypte, souffrant du cancer ; la débâcle d'Idi Amin Dada, ancien président de l'Ouganda réfugié en Arabie Saoudite... ) en les concédant par lambeaux, parfois empêtrés d'un lyrisme ironique. Je retrouvais là l'auteur de Bleu Blanc Rouge ( Présence Africaine, 1998 ). Premier roman d' A. Mabanckou où se disputait les enchères de l'idéal Français et  , le phénomène " Sape " .

    Ce roman lève un sacré lièvre : celui de dire qu'il n' y a pas meilleur endroit que là où l'on a été heureux pour la première fois. Le souvenir de l'adolescence ne respire, lui, qu'avec un oxygène : l'amour.  Or de bons esprits s'inquiètent de dire qu'il faut oublier tous ces moments et penser à vivre dans le présent. Michel, lui, fils unique , amoureux des belles phrases a su réconquerir le coeur de Caroline en lui offrant sa dernière inspiration; symbole de son imagination poètique.

     Fridolin Delmach MAKOSSO